Gilles Sacksick
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En 2004, Bruno Mielvaque et Gilles Sacksick créent Litho-Lissac : atelier tourné vers la lithographie et, plus généralement, voué aux arts du livre. Depuis cette date, les estampes de Gilles Sacksick, aussi bien que deux, puis trois ouvrages de bibliophilie, se créent dans cet atelier. Gérard Emmanuel Da Silva, Jean de Chauveron, Pierre Gibert sont de ces poètes, amis de Litho-Lissac.

Bien des artistes se sont contentés de ce mode de diffusion commode de leur œuvre, sous cette forme de quasi fac-similé. D'autres, comme moi, l'ont refusé.

L'on devine qu'il n'est pas question ici de plaider, ni de défendre un procédé que le siècle menacerait… Quand bien même on le déplorerait… Le ton, à peine polémique, de ce rapide coup d'œil sur l'évolution des procédés lithographiques, de la pierre vers le zinc, du zinc vers la plaque d'aluminium, entend simplement remettre en lumière, c'est bien le cas de le dire, la dimension essentielle de tout art de l'estampe, à savoir : son aventure.
Et en effet, si avisé ou expérimenté que soit l'artiste, les variables sont si nombreuses, les simulations si aléatoires, que le peintre lithographe, celui qui n'entend pas se « re-produire » lui-même, mais bel et bien créer, se sent (et se trouve) dans le temps de sa mise en œuvre – et jusqu'à l'achèvement –, littéralement embarqué en une étrange aventure. Comme tu le sais, je m'engage donc dans la création d'une litho sans « maquette », au sens strict du mot, mais avec une certaine « vision » de l'image lithographique espérée…
Vision qui peut naître effectivement d'un dessin, d'une peinture, d'un pastel, qui certes préexistent mais ne seront en aucun cas et d'aucune manière « copiés ». Il s'agirait en somme d'une sorte de variation (lithographique) sur un thème (pictural ou graphique)…
J'imagine alors la superposition colorée de plusieurs pierres que j'aurai préalablement travaillées : en noir ! La couleur est escomptée : telle de ces pierres au timbre ténébriste sera, une fois imprimée et sur ma demande (je prépare moi-même les encres colorées au moment de l'impression) aussi bien en rose délicat qu'en brun puissant ou qu'en bleu métallique. Ces couleurs, ainsi successivement superposées, construisent, en somme prismatiquement, ce qui deviendra alors une litho véritable. Mais que d'aléas, que d'incertitudes, que de supputations dont, en cours de travail, rien ne vient conforter ni confirmer le peintre dans sa vision, encore tout intérieure…
Car ce travail est bien celui de la création : la litho, en train de naître, se cherche sa forme. C'est en ce sens que cette nouvelle image – lithographique – ne sera « trouvée » qu'en totale indépendance, aussi bien quant à toute « maquette » ou « modèle », que techniquement cette fois, par rapport à tout autre médium.
« Beaucoup de petits mensonges pour une grande vérité…
 » Cette note de Bonnard nous rappelle que, certes, toute œuvre a d'abord vocation de traduire, et non de re-produire. L'idée de départ est tout intérieure ; elle doit le rester. Traduire cette idée, transmettre l'émotion initiale, ce sera en apparence s'en éloigner souvent, quitte, te disais-je en plaisantant à demi, à parfois paraître trahir pour vraiment traduire… 

Gilles Sacksick
Photographies : Bernard Drouillet